L'atelier Jamin Puech

Pénétrer dans l’atelier Jamin Puech c’est entrer dans un monde imaginaire plein d’une poésie débridée où le temps semble suspendu et la profusion reine.

Où poser son regard dans cet apparent capharnaüm ?


- Sur les innombrables colonnes sombres de tiroirs, valises, cartons, souvent empilés à même le sol, d’où s’échappent des flots de rubans, galons, plumes, lanières de fourrures… éclatantes ponctuations colorées,

- sur les antiques mannequins entoilés ou en bois, armée sans bras ni têtes qui monte la garde,

- sur un bras articulé, surgi entre deux cadres à broder, qui semble nous inviter à admirer la méticulosité du travail en cours,

- sur les amoncellements de peaux perforées, découpées, griffées, arrachées qui pendent nonchalamment sur des tréteaux,

- ou bien encore, sur la grande table blonde où se côtoient et se superposent, apparemment pêle-mêle, croquis, photos, échantillons de toutes sortes, prélude à la nouvelle collection ?

Quand soudain, tournant la tête, on découvre, émerveillée, l’immense kaléidoscope mural de couleurs et matières contenues à grand peine dans mille et un bocaux de verre ; on redevient alors petite fille chez le marchand de bonbons : on les veut tous, on y plonge la main, arrivent par vagues sensations, émotions, souvenirs…

Reviennent également en mémoire des passages du « Bonheur des Dames » dans lesquels, avec un lyrisme éblouissant, E. Zola décrit les rayons et leur foisonnement si cher à O. Mouret, le « Patron », qui « voulait des écroulements, comme tombés au hasard des casiers éventrés, et qui les voulait flambants des couleurs les plus ardentes, s’avivant l’une par l’autre. En sortant du magasin, disait-il, les clientes devaient avoir mal aux yeux ».

bocaux